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dimanche 06 juillet 2008

Reconstitution à la gendarmerie de Draguignan : la balistique a parlé

 Entravé, un gendarme (au centre) a reproduit les faits et gestes de la victime, José Guerdner, au cours d'une reconstitution nocturne. A son côté, Me Lionel Escoffier (à gauche, au téléphone), à la défense.  :  Christophe Chavignaud Entravé, un gendarme (au centre) a reproduit les faits et gestes de la victime, José Guerdner, au cours d'une reconstitution nocturne. A son côté, Me Lionel Escoffier (à gauche, au téléphone), à la défense. : Christophe Chavignaud

Les opérations de reconstitution du drame qui a coûté la vie à Joseph « José » Guerdner, la nuit du 23 au 24 mai dernier à Draguignan, se sont terminées hier à 0 h 30 à la gendarmerie. Elles ont duré cinq heures, sous la protection d'un vaste dispositif de sécurité, et se sont concentrées sur les aspects balistiques.

L'expert chargé des mesures d'angles et de trajectoires de tirs livrera son rapport définitif dans plusieurs semaines. Cependant, les premiers éléments de ses investigations ont donné du grain à moudre tant aux avocats de la famille de la victime (Mes Régine Ciccolini et Jean-Claude Guidicelli) qu'à ceux du gendarme mis en examen (Mes Lionel Escoffier et Jean-Robert Phung). Leurs convictions sont bien entendu opposées.

Séquence de tir

« Le gendarme a tiré volontairement, sous l'effet de la colère, à sept reprises, ce qui montre l'intention de tuer », estime la partie civile. « Il a tiré non pas pour tuer, mais pour que le fuyard s'arrête », considère la défense, convaincue qu'il y a eu des coups de semonce.

La reconstitution s'est attachée à reproduire la séquence des sept tirs effectués par le gendarme depuis la fenêtre de la compagnie de gendarmerie de Draguignan, par laquelle José Guerdner a sauté pour se soustraire à sa garde à vue.

Malgré les menottes qui lui entravaient les poignets par devant, la victime s'est hissée sur cette croisée, située dans l'escalier, sur le palier entre le premier et le deuxième étage. José Guerdner avait également une paire de menottes attachée à une seule cheville, les gendarmes ayant libéré l'autre pour lui permettre de descendre quelques marches afin d'aller fumer une cigarette pendant une pause.

José Guerdner était alors entendu depuis plusieurs heures sous le régime de la garde à vue, pour l'attaque à main armée d'un semi-remorque transportant des téléviseurs à écran plasma, le 21 avril dernier au Luc.

Après un saut d'une hauteur de 4,60 m, il s'était retrouvé dans une courette, entre les locaux de la compagnie et un immeuble d'habitation des gendarmes. Un passage assez exigu, mais où la luminosité était bonne à l'heure des faits, grâce à plusieurs lampadaires. C'était tout l'intérêt d'attendre la nuit pour procéder à cette reconstitution.

« Les constatations ont infirmé la thèse selon laquelle le gendarme aurait tiré au jugé, a conclu Me Jean-Claude Guidicelli, partie civile. Il avait une vision panoramique de la situation. »

Le choix des moyens

Pour Me Phung, à la défense, « les deux premiers coups de feu, qui avaient le plus de chance d'être mortels, parce que tirés à 6,50 m de distance en pleine lumière, n'ont même pas effleuré le fuyard. C'est dire si le gendarme n'avait pas l'intention de le tuer, mais qu'il s'arrête. Ce sont des coups de feu de sommation. »

« Il s'agit de coups mortels parce que le gendarme tire pour l'empêcher de fuir, et sur les sept coups, l'un est létal. »

Selon Me Guidicelli, il existait d'autres moyens de le stopper : « Il fallait six secondes au gendarme pour dévaler l'escalier et poursuivre Guerdner, entravé des pieds à la tête, et l'interpeller sans aucune difficulté. Il a eu ce réflexe de vouloir s'enfuir, mais il n'était pas l'ennemi public numéro un. Il ne menaçait personne. »

« Le gendarme dit qu'il a tiré les premiers coups de feu instinctivement et qu'il a crié "évasion" dans l'escalier. On peut penser à des tirs de colère, parce qu'il a senti que Guerdner avait trahi sa confiance alors qu'il venait de lui permettre de fumer. »

« Il lui fallait faire les sommations d'usage. Le règlement qui autorise les gendarmes à faire usage de leurs armes leur impose de le faire avec discernement, uniquement dans des conditions extrêmes. »

Une poignée de secondes

« Bien sûr que le gendarme a fait des sommations, a commenté Me Escoffier. S'il tire encore, c'est parce que Guerdner ne s'arrête pas quand il lui crie "évasion, arrête". C'est une personne qui s'évade et qui a un potentiel de dangerosité. Il a eu un choix à faire en deux secondes, et le fuyard a été atteint par la balle mortelle alors qu'il se trouvait dans l'obscurité. »

Coups mortels ou intention homicide, il appartiendra aux deux juges d'instruction de retenir l'une ou l'autre de ces qualifications criminelles. A moins que la suite de l'instruction ne permette de conclure que les règles d'ouverture du feu ont été strictement observées par le gendarme, ce qui le dédouanerait de toute responsabilité pénale.

G. D.
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