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dimanche 20 juillet 2008

Vers une estimation en direct de la qualité de l'eau de mer

 Aujourd'hui, on ne connaît la qualité de l'eau que deux jours après le prélèvement. Le projet Girac vise à connaître en temps réél l'état de la mer, voire à anticiper d'éventuelles pollutions.  :  Photo A. Dupeyroux Aujourd'hui, on ne connaît la qualité de l'eau que deux jours après le prélèvement. Le projet Girac vise à connaître en temps réél l'état de la mer, voire à anticiper d'éventuelles pollutions. : Photo A. Dupeyroux

«Girac », un nom qui claque comme un bordeaux millésimé... En réalité, un acronyme qui signifie Gestion intégrée des rejets d'assainissement côtiers. En clair : un outil informatique dont l'ambition est d'améliorer la gestion des eaux de baignade. En modélisant l'influence de divers paramètres, Girac doit permettre d'estimer en direct la propreté de l'eau.

L'expérience sera conduite dans la grande rade de Toulon. Dans le Var, département le plus touristique de France, on devine les espoirs que fait naître un tel projet, chez les maires des communes littorales comme chez les professionnels. En pleine saison estivale, leur hantise commune est en effet de voir une plage interdite pour cause de pollution organique (1). Des incidents récurrents : « On constate souvent une dégradation de la qualité des eaux de baignade quand il pleut », indique Didier Sauzade, responsable chez Ifremer du laboratoire environnement-ressources pour la région Paca et la Corse.

Prévoir les risques de pollution

« Selon la gravité de cette dégradation, un maire peut en arriver à fermer une plage. Une décision insa- tisfaisante, car prise sur la base d'analyses de prélèvements effectués le plus souvent 48 heures plus tôt », explique Emmanuel Soyeux. Directeur des recherches chez Veolia Environnement et, à ce titre, coordinateur du projet Girac, il renchérit : « En termes de gestion, ça ne sert à rien, c'est trop tard. Ce qui intéresse les maires, c'est le prédictif. »

Une foule de paramètres à prendre en compte

L'ambition du projet Girac est donc de créer un outil qui permette, en temps réel, d'avoir une idée précise de la qualité des eaux de baignade en fonction de tel ou tel événement (pluie, débordement ou panne accidentelle d'une station d'épuration...). « On doit être capable de faire des prévisions de risque de pollution », avance Emmanuel Soyeux.

Pour ce faire, ceux qui travaillent sur le projet Girac (2) vont devoir répondre à une multitude de questions. Quels sont les flux arrivant à la côte ? Quelle est leur concentration en bactéries (3) ? Ces bactéries vont-elles arriver jusqu'aux plages ? Et, si oui, quand ? Un travail titanesque qui n'en est qu'à ses débuts.

« Pour l'instant, on se concentre sur l'hydraulique. La modélisation, en termes de débit, des réseaux d'assainissement et pluvials qui peuvent aboutir en grande rade. Il faudra ensuite, probablement en 2009, procéder à une campagne de mesure pour déterminer la qualité bactériologique des flux allant à la mer, leur concentration en bactéries - ce qu'on connaît mal - et l'évolution de cette concentration au cours d'un événement pluvieux », détaille Emmanuel Soyeux.

Il s'agit d'une étape importante, à laquelle Ifremer va apporter toute son expertise du milieu marin. Didier Sauzade explique : « La modélisation hydrodynamique, c'est-à-dire de la circulation des masses d'eau, permettra de connaître avec précision le devenir des bactéries, de calculer leur dispersion en mer. »

Ne restera alors qu'à valider le modèle informatique, le confronter, à l'aide d'analyses, à la réalité. Et, au besoin, réajuster un certain nombre de paramètres.

1. Une pollution organique est naturelle, par opposition à la pollution chimique. Il s'agit le plus souvent de matières fécales contaminées, provenant par exemple des stations d'épuration qui rejettent leurs eaux en mer.

2. Piloté par Veolia Eau, le projet a pour autres partenaires Acri, NKE, Ifremer, LSEET, Protee, Com, Météo France.

3. Pour déterminer la qualité des eaux de baignade, seules deux bactéries, d'origine fécale, sont comptabilisées : les entérocoques intestinaux et l'Escherischia Coli.

P.-L. P.
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