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Var-Matin
Actualité Toulon
vendredi 03 juillet 2009

Le commandant Boivin quitte le bord

 Le capitaine de vaisseau Stéphane Boivin qui a pris le commandement du Charles-de-Gaulle en juin 2007, quittera ses fonctions ce matin.  :  Photo doc R. Barsotti Le capitaine de vaisseau Stéphane Boivin qui a pris le commandement du Charles-de-Gaulle en juin 2007, quittera ses fonctions ce matin. : Photo doc R. Barsotti

Ce matin, le capitaine de vaisseau Stéphane Boivin, commandant du porte-avions Charles-De-Gaulle depuis juin 2007, passera le flambeau au capitaine de vaisseau Jean-Philippe Rolland. À la veille d'abandonner son fauteuil de pacha, il a accepté hier matin de répondre une dernière fois à nos questions.

Que retenez-vous des cinq ans (1) que vous venez de passer sur le porte-avions ou à préparer son grand carénage ?

Que cette opération a été minutieusement préparée. On a dit ce qu'on allait faire et on a fait ce qu'on avait dit. L'avatar que nous connaissons actuellement, à savoir l'usure prématurée constatée sur les pièces d'accouplement (reliant les turbines aux réducteurs, Ndlr) n'a rien à voir. La meilleure preuve en est que nous avons obtenu la qualification opérationnelle dans les délais et sans réserve. Quand on a décelé le problème, on était prêt à mener une opération. Je voudrais souligner également la merveilleuse aventure humaine qu'ont été ces quinze mois de chantier. On a su dépasser les éventuelles divergences avec l'industriel. On a mis en place une union sacrée. Le meilleur symbole en a été le restaurant le Grand Charles où il régnait une véritable convivialité entre les marins et le personnel de DCNS.

Quel est votre meilleur souvenir à bord ?

Incontestablement les premiers tours d'hélices après quinze mois d'indisponibilité périodique pour entretien et réparation. Ça représentait l'aboutissement, le but pour lequel tout le monde a oeuvré. Cette première sortie à la mer nous a tous fait vibrer. J'avoue que j'en ai eu les larmes aux yeux. D'un point de vue technique maintenant, le remplacement des éléments de combustible des deux réacteurs a été le point le plus marquant. Le coeur de l'IPER.

Quel conseil donneriez-vous à votre successeur le capitaine de vaisseau Jean-Philippe Rolland ?

Qu'il aille au bout de ses capacités et même au-delà. On ressort complètement lessivé du commandement du Charles-de-Gaulle, mais c'est un bateau qui mérite qu'on s'investisse à 110 %. Il y a un dicton qui résume très bien les sentiments des marins qui embarquent à bord du porte-avions nucléaire : On arrive sur le Charles-De-Gaulle en pleurant, on le quitte aussi en pleurant.

Revenons à l'actuelle indisponibilité du navire. Où en est-on de la réparation ?

Plusieurs jeux de pièces ont été ou sont en cours de fabrication. Les premiers montages ont débuté. Même si aucune date n'est encore arrêtée, tout devrait être terminé à la fin de l'été. Après une période de rodage, on redémarrera l'entraînement là où on l'avait arrêté au printemps. Pour ce qui est de la prochaine IPER en revanche, je suis sûr qu'on aura changé de technologie. Une équipe est déjà au travail.

Ce nouvel arrêt, est-il vraiment pénalisant pour le groupe aérien ?

Disons qu'il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps. On vit actuellement sur les acquis des pilotes confirmés qui ont retrouvé le pont du Charles-De-Gaulle à sa sortie d'IPER. Mais on a tout un tas de jeunes pilotes appelés à les remplacer qui n'ont encore jamais apponté sur le porte-avions ou n'ont jamais été catapultés. Il faut qu'on les qualifie à l'automne. Deux grandes périodes de 2 à 3 semaines chacune devraient suffire. On est encore dans les délais.

Ce commandement du Charles-De-Gaulle que l'on appelle communément le « navire amiral » est en principe votre dernier commandement à la mer. Que ressentez-vous à la veille de quitter le bord ?

Le commandement d'un bâtiment, qui plus est le Charles-De-Gaulle, était la raison d'être de mon entrée dans la Marine nationale. Alors forcément, même un tel moment était programmé depuis longtemps, je suis triste.

1. Avant de prendre le commandement du Charles-De-Gaulle le 29 juin 2007, le capitaine de vaisseau Stéphane Boivin avait occupé les fonctions de commandant en second (2004-2006) à bord du porte-avions nucléaire, puis avait travaillé à la préparation de l'IPER.

Propos Recueillis par P.-L. Pagès
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